Depuis quelques temps, c’est la pagaille. Tu as l’impression que ton bébé n’existe plus et qu’il a été remplacé par un monstre cornu durant la nuit. Tu sens qu’il étire ton élastique et qu’il fait toutes les bêtises possibles (même les impossibles!). Ce n’est plus ton bébé enjoué et souriant mais un troll qui pleure, crie et tape à la moindre contradiction, fatigue, excitation ou frustration!

Et si je te disais que c’est normal (Vraiment?) et souhaitable (WHAT?!) que ton enfant :

  • insiste 15 fois pour changer de gobelet
  • déverse le contenu de son assiette par terre en te regardant avec un sourire en coin
  • ou encore, fasse une crise de « bacon » parce qu’il a reçu un muffin, alors qu’il avait demandé… un muffin!

Tu me répondrais alors sûrement que je t’écris ça simplement pour te rassurer…!  Ok, je l’avoue ce billet a cet objectif principal de te dire : Ton enfant est toujours là derrière cet être cornu. MAIS non, tu n’es pas obligée de vivre le fameux « cauchemar » du TERRIBLE 2. C’est une période remplie d’émerveillement, de créativité, d’énergie et de beauté. Il suffit de savoir où regarder, de se rappeler qu’il y a des raisons développementales pour son comportement et de changer quelques petits trucs au quotidien pour survivre.

Que se passe-t-il ?

En fait, ton enfant doit faire face à trois défis de taille qui peuvent expliquer ses réactions plus extrêmes et son opposition. Difficile au quotidien de se rappeler de ces défis, mais derrière les comportements de ton enfant, il y a une explication sensée, réelle et fascinante. Ils apprennent à une vitesse incroyable.

1er défi: Décider, choisir, devenir

D’abord, vers l’âge de 2 ans, l’enfant comprend maintenant qu’il est « une petite personne » à part entière et qu’il n’est donc pas obligé d’aimer et de vouloir les mêmes choses que sa gentille Maman. Il veut donc développer son autonomie et son identité en testant des nouvelles choses, en s’affirmant dans des choix, ou encore, en faisant tout tout seul! D’où la phase du « non » ou du « moi,seul ». 

Le problème vient quand il réalise qu’il ne peut pas tout décider ou qu’on ne lui offre pas le choix sur tout ce qu’il aimerait. Par exemple, il aimerait ne pas aller à la garderie, il voudrait couper le steak tout seul, ou encore, choisir comment toi tu vas t’habiller (les goûts de ton enfant ne sont peut être pas appropriés pour le travail!).

Pour l’aider à se sentir comme une petite personne importante, unique et autonome, voici quelques pistes :

  • Proposer des choix dirigés en limitant le nombre (Ex: « veux-tu mettre le chandail rouge ou le chandail bleu? »). Opte pour des décisions qui sont appropriées pour son âge, telles que choisir ses vêtements, le jouet à apporter chez grand-maman, l’histoire pour le dodo… Évite les grandes décisions qui peuvent être plutôt angoissantes pour un enfant, par exemple quoi manger pour le souper, quoi faire pour la journée, à quel endroit partir en vacances…
  • Valoriser son désir d’autonomie en le laissant faire certaines choses par lui-même (ex: embarquer dans l’auto, s’habiller, apporter son assiette). Prends le temps de le féliciter.
  • Favoriser son sentiment de compétence et d’importance en lui demandant des petits services adaptés à son âge (ex: aller chercher sa vaisselle lui-même pour le souper, aller chercher une couche, etc.).

2e défi: Explorer le monde… et ses limites

En plus, ton enfant a appris à marcher depuis quelques temps. Il a appris à parler aussi. Il est capable de faire des choses qu’il ne faisait pas avant. Maintenant, il n’a qu’un objectif en tête avec toutes ses nouvelles capacités : explorer son monde et en apprendre plus sur lui. Un des défis de cette nouvelle exploration, c’est qu’il ne connait pas les règles. Il doit apprendre ce qu’il a le droit de faire et ce qui est interdit. Meilleure façon d’apprendre: le faire!

C’est pourquoi tu te retrouves souvent avec un petit monstre cornu : il fait tout pour comprendre les règles. Qu’est-ce qui arrive si je dessine sur le mur? Qu’est-ce qui arrive si je fais péter une coche à maman? Qu’est-ce qui arrive si je traverse la rue en courant?

Ton bambin ne peut apprendre des règles plus efficacement qu’en les vivant! Ta job à ce moment-là : mettre les limites et les respecter. Lorsqu’il était bébé, il n’en avait pas besoin, mais maintenant oui!

  • Établis, avec ton conjoint, les valeurs et les règles importantes à respecter dans votre famille.
  • Focusse sur les choses importantes. Il y a des comportements qui ne valent pas la peine d’être cadrés. En limitant tes interventions sur les choses importantes, tu vas avoir moins l’impression de faire la police.
  • Ignore les comportements dérangeants, mais qui ne contreviennent pas aux règles et aux valeurs importantes ET renforce le comportement désiré à la place. Par exemple : ton enfant crie pour obtenir ton attention? Ignore simplement le cri et écoute. Mais valorise lorsqu’il parle doucement. Nomme cette douceur : « J’adore quand tu me parles comme ça, c’est doux dans mes oreilles ».

3e défi: Des montagnes russes d’émotions

Maintenant que ton enfant décide, explore et est confronté à des limites, eh bien… il vit plus d’émotions qu’avant.

Lorsqu’il était bébé, la vie était plus simple:

Bébé a faim. Il pleure. On le nourrit, c’est fini.

Bébé est fatigué. Il pleure. On le couche, c’est fini.

À 2 ans, ton enfant vit des émotions plus complexes que la faim et la fatigue. Il peut être jaloux, excité, fâché, triste…et j’en passe. Il ne sait pas encore comment vivre et apaiser ces émotions. Elles sont plutôt difficiles à comprendre et très intenses. En fait, c’est comme si ton enfant vivait tout à 10/10 d’intensité.

C’est un moment d’apprentissage. En le vivant à 10/10, ton bambin apprend à comprendre les subtilités de l’émotion et ce qu’elle fait dans son corps. Il apprend aussi comment la faire diminuer par lui-même et l’apaiser. C’est un travail de longue haleine, mais ça commence maintenant.

Pour t’aider à « tolérer » ces moments d’apprentissage qui peuvent être très difficiles pour nous  aussi :

  • Rappelle-toi que ton enfant vit une émotion saine et normale. Sois emphatique à sa détresse et tente de garder ton calme. Le réprimander pour la crise ne fera qu’exacerber celle-ci et l’amène à penser que les émotions n’ont pas lieu d’être.
  • Laisse-lui un peu d’air, même si cela peut être difficile pour toi. Il doit apprendre à vivre cette émotion et la calmer. Rappelle-toi la dernière fois où tu as été très fâchée contre ton conjoint… Est-ce que tu préférais être seule? Sûrement! Est-ce que de l’avoir à quelques pouces de toi, en train de t’expliquer son point de vue t’aidait à te calmer? Sûrement pas!
  • Nomme l’émotion « Je vois bien que tu es fâché, calme-toi ». Et attend qu’il s’apaise en l’accompagnant, au besoin, et le moins possible : « Je suis là, si tu as besoin », «  Je vois que tu te calmes un peu, as-tu besoin de ta doudou pour t’aider? ». N’oublie pas qu’il est en train d’apprendre à vivre et tolérer l’émotion, il apprend comment la gérer seul. De le divertir ou de le calmer toi-même ne lui rendront pas service à long terme.

Sous son petit masque de monstre, je te rassure, ton enfant est encore là. Sous son petit masque de monstre, il apprend à devenir une petite personne, il apprend à se débrouiller et il apprend à vivre ses émotions. C’est une période remplie de magie et d’imaginaire. C’est maintenant, et dans les 2-3 prochaines années, que l’imaginaire est à son plus fort. Embarque dans les folies de ton enfant et crée des histoires avec lui. Donne-lui de l’attention positive. Le petit monstre deviendra de plus en plus doux et retrouvera ses couleurs bien à lui.

Dre. Jessina Mekkelholt, D. psy, psychologue