La matrescence : la réalité du 4e trimestre

Temps de lecture: 5 minutes

Selon les croyances populaires qu’on se fait de la maternité, les premiers mois de vie avec son bébé sont extraordinaires. Coup de foudre immédiat dès les premières secondes, allaitement simple et sans douleur, douceur et câlins à l’infini… Un peu comme si la Terre se permettait temporairement d’arrêter de tourner pour laisser le temps, à chaque maman, de savourer ces premiers instants avec ce petit être tout mignon, qui sent le bébé-qui-sent-bon…

Well… Ça ne se passe pas toujours comme ça. Et je te rassure, c’est même la minorité des mamans qui vivent ce conte de fées dès les premiers instants. Tout dépendant de comment s’est passé ton accouchement, et la santé physique de ton bébé à la sortie de ton belly, c’est possible que la belle histoire promise ne soit qu’en fait une illusion.

Nous voyons de plus en plus le sujet du “regret parental” apparaître. Oui, c’est un vrai sujet, complètement tabou encore aujourd’hui, mais savais-tu qu’en 2016, une étude canadienne a affirmé que “43 % des parents disent avoir des regrets passagers d’être devenus pères ou mères”. Et que les regrets permanents toucheraient de 3 à 20 % des parents, selon trois études réalisées aux États-Unis et en Europe. Alors si tu trouves ça tough les premiers mois, donne-toi une p’tite chance. Tu n’es clairement pas la seule…

La matrescence : quand devenir maman est synonyme de performance

Mais pourquoi est-ce si difficile d’accueillir un nouvel humain sur Terre? Pourquoi un événement si merveilleux peut se transformer en cauchemar? Pourquoi les films où les mamans d’enfants rendus grands nous mentent en nous disant que ça passe vite alors que tu changes la 17e couche de la journée et qu’il n’est que 11h03… du matin?

Le manque de sommeil y est pour quelque chose ça, c’est certain. Le cerveau humain ne peut fonctionner adéquatement lorsqu’il est en mode survie. Donc, quand la fatigue s’installe tout devient plus difficile : t’es une mauvaise mère, tu sers à rien, tu seras fatiguée jusqu’à ta mort, y’a pu de lait pour ton café et la mort de la Reine Élizabeth te rend triste comme si tu la connaissais personnellement. C’est ça manquer de sommeil.


Mais c’est aussi, et surtout parce que la maternité d’aujourd’hui est devenue un gage de performance. Oui, oui, de performance. C’est un peu comme si te remettre rapidement de ton accouchement faisait de toi une femme d’exception.

Si ton bébé boit aux 3 heures comme une horloge suisse, c’est un bon bébé. Faudrait d’ailleurs revenir sur le concept d’un «bon bébé». Comme le dit si bien cette humaine extraordinaire derrière le compte Instagram @annenditdesaffaires : “qu’est-ce qu’un bon adulte?” Ça se pose pas, ben la question à savoir si c’est un bon bébé non plus. Parenthèse close.

Si ton chum «t’aide», t’as un chum incroyable, si tu fais tout toute seule, t’es une machine. Ouf. J’ai mal à la matrescence…

Matrescence, n.f. : contraction du mot maternité et adolescence. Processus, physique, émotionnel, neurobiologique et hormonal. Devenir mère.

Le 4e trimestre : mythe ou réalité?

Donc, plutôt que de voir l’accouchement comme une expérience en soi et une transition d’un monde où tout est tempéré à la vraie vie, c’est plutôt une course contre la montre qui commence… Et c’est là qu’il faut ajuster les pendules.

Concept introduit par l’auteure américaine, Jean Liedloff, dans les années 1970, repris par Dr William Sears, Dr Harvey Karpp et une sage-femme belge, Mme Ingrid Bayot, le 4e trimestre est une période de transition pour toi et ton bébé.

Elle sert à te remettre de ton accouchement, mais elle permet aussi à ton bébé de s’adapter à la vie extra-utérine. Imagine ne jamais avoir eu froid, faim, chaud, peur, soif et tout d’un coup, BIM! On te trimballe à un cours de cardio poussette, car maman doit se remettre en forme… J’exagère là parce qu’on sait qu’avant 8 semaines, et sous recommandation d’un professionnel de la santé, l’activité physique n’est pas recommandée, mais tu comprends le principe…

Le 4e trimestre de ta grossesse ou le premier trimestre de vie de ton enfant n’est pas un bon timing pour rénover une cuisine ou partir dans l’Sud. C’est une période où lenteur, douceur et chaleur devraient être à l’honneur.

La continuité sensorielle transnatale

Non seulement c’est le genre de mots qui te permettra de gagner au Scrabble, c’est aussi un concept qui réfère à l’environnement et aux stimuli de la vie intra-utérine. Grosso modo ça veut dire que les réactions de ton bébé les premiers jours, les premiers mois sont guidés par la recherche de la continuité sensorielle transnatale…

Chaleur. Proximité. Mouvement. Succion. C’est de ça que ton bébé a besoin les premiers instants de sa vie. Ce sont les seuls repères qu’il puisse garder de son aventure intra-utérine. Il est important de l’accompagner doucement vers la vie humaine en lui laissant le plus possible les points d’ancrage qu’il connaît.

Non pas : promenade au centre commercial, photoshoot et camping. Du calme, du doux, de la tranquillité, c’est ce dont les premières semaines, et même premiers mois de vie devraient être remplis…

Note de l’auteure : impossible de t’enfermer dans une chambre, lumière tamisée à prendre soin d’un humain 24/7 pendant des mois. Ne tombe pas dans l’extrême, mais comprend et accepte le concept. Ta vie change et le mieux n’est pas de te battre contre ces changements, mais de les accepter.

Autre chose, le regret parental est un sujet qu’il faut aborder, pour toi, pour ton bébé, pour ta famille. Ni de comprendre le 4e trimestre ou d’appliquer les concepts de la continuité sensorielle transnatale ne pourront t’aider à accepter ton rôle de maman, mais d’en parler oui. Consulte le site de l’Ordre des psychologues ou confie-toi à une amie. Ne reste pas seule avec tes idées noires. Tu mérites d’être écoutée et entendue.

Marie-Pier Villeneuve

Fondatrice et conseillère principale de Bedaine Urbaine, les mamans l'ont aussi surnommé "la magicienne du sommeil". Ayant elle-même vécu des nuits tumultueuses à la naissance de son garçon, elle s’est promis qu’aucune maman ne serait laissée seule devant un aussi gros défi. N’ayant trouvé aucune approche respectant l’unicité de chaque enfant et de chaque cœur de mère, en 2012, elle met au point une philosophie qui nécessite aucun chronomètre, ni acharnement, au plus grand bonheur des mamans à la recherche de solutions différentes que les approches les plus populaires.

Partager cet article

Autres articles dans la même catégorie

Des conseils personnalisés à chaque mois

Tu aimerais obtenir des conseils-sommeil personnalisés en fonction de l’âge de ton enfant (0-24 mois)? Inscris-toi à l’infolettre thématique en nous indiquant sa date de naissance.