Être maman en 2023

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Je suis devenue maman en 2010.

De mon point de vue, je pouvais percevoir trois clans :

  • le clan des mamans comblées qui ne peuvent respirer sans leurs enfants
  • le clan des mamans qui le deviennent un peu pour faire comme tout le monde
  • et le clan des mamans qui, comme moi, aiment leur enfant plus qu’elles s’aiment elles-mêmes, mais qui doivent absolument avoir un break de temps à autre parce que sinon, toute la famille écope. Je pourrais être présidente de ce clan. Autant j’adore ces moments où j’ai l’impression d’aider un humain à s’émanciper et trouver sa voie, autant, le jeudi soir à 16h30, je suis toujours très heureuse d’aller souper à la microbrasserie avec ma chum de fille.

Suis-je plus équilibrée ? Absolument pas.

Est-ce que mon enfant en souffre ? Jusqu’aux dernières nouvelles, pas vraiment.

Est-ce que je suis confortable dans les limites de mon motherhood ? Complètement.

En 2010, Internet existait mais ne prenait pas encore une place si importante dans mon quotidien de maman, mis à part pour appeler ma mère sur Skype à 5000 km de mon Mexique d’adoption.

En 2023, c’est différent. C’est un mélange de la vieille époque et des années 2020. C’est le feeling d’une génération qui a toujours fait comme ça qui plane sur une vibe de nouvelle génération qui ne veut pas et n’a pas le temps de se tromper. C’est un mélange d’acharnement au sommeil pour une solution rapide mixé avec un message alarmant de “laisse-le jamais pleurer”. C’est devenu étouffant. C’est devenu contraignant. C’est devenu difficile de s’y retrouver. C’est devenu sincèrement difficile d’être maman.

En 2010, y’avait beaucoup de “vas-y au feeling” ou d’informations sur le développement de l’enfant basée sur la théorie de l’enfant bibelot : laisse-le pleurer, c’est du caprice, personne n’en est jamais mort, on a toujours fait comme ça et l’humanité continue… C’était ce qu’on connaissait, ce que le peu d’études démontraient, c’était ce que nos mères avaient fait. C’était de l’essai et erreur, du gros bon sang et un amour inconditionnel tout aussi fort qu’aujourd’hui.

Pas pour le rôle en soi, mais pour les conseils non-sollicités, les sources d’information qui se contredisent, ou pire, les sources d’informations qui veulent, par un climat de peur et sensationnalisme, créer le buzz pour gagner des followers. Des ressources qui oeuvrent dans le même domaine qui ,plutôt que de vouloir se démarquer par leur originalité, leur différence et leurs atouts propres, s’assure de continuer de creuser l’écart entre les clans. Mais l’idée de base là, c’est que y’a pas un clan meilleur qu’un autre. Le meilleur clan est celui où tu te sens outillée, où tu te sens forte, où tu te sens sur ton X à toi.

Être maman en 2023

Dans mon quotidien de consultante sommeil, je vois bien les clans se former et se monter les uns contre les autres : les pro-entraînement au sommeil contre les anti-entraînement au sommeil. Mais je le répète, il ne devrait pas y avoir de clan. Genre zéro clan. Le motherhood devrait être un seul clan de moms qui comprennent que parfois on fait pas ce qu’on veut, mais ce qui doit être fait pour la survie – bonheur de la famille.

Je parle de sommeil ici, mais on peut parler d’allaitement VS biberon, de césarienne VS accouchement naturel, de garderie en installation VS familialle… Tout est devenu un sujet épineux alors que le beau dans tout ça, c’est que nous avons aujourd’hui le choix!

Dans mon quotidien de consultante en sommeil, j’ai des mamans d’enfants de 1 mois qui veulent commencer à faire dormir leur bébé dans leur lit pour éviter les mauvaises habitudes de bras, qui refusent de demander de l’aide parce que leur conjoint.e leur rappelle constamment qu’elles sont en «congé», qui pensent que le cododo c’est pour les hippies… Bref, qui veulent sauter des étapes parce que c’est ce qu’on leur à brainwashé de croire : le développement de ton bébé est ton CV de mom. S’il est avant les moyennes : bon bébé. En retard sur les moyennes : mauvais bébé.

C’est triste parce que ce n’est pas la faute des moms. C’est triste parce que si tout le monde faisait leur travail sur le sens et arrêtait de viser le buzz, avec un mindset d’éduquer différemment, les mamans d’aujourd’hui pourraient remplir leur boîte à outils sur le développement de l’enfant de façon encore plus optimale que de passer leur temps à lire des publications de combat de coqs entre genses certainement bien intentionnées, très qualifiées d’un côté et celles qui sont aussi bien qualifiées et intentionnées mais qui ne sont effectivement doctorantes de rien, sauf de la vie et de l’expérience maternelle avec un désir sincère d’aider, de l’autre.

Dans mon quotidien de consultante en sommeil, je vois des mamans épuisées depuis longtemps qui sont réticentes à l’idée de modifier les habitudes parce qu’on ne laisse pas pleurer un enfant au risque de le briser pour l’éternité… Qui souffre intérieurement d’un mal-être, mais qui n’en parle pas, parce qu’être maman c’est la plus belle chose du monde n’est-ce pas ?

Dans mon quotidien de consultante en sommeil, mon coeur de mom a mal. Mal de constater que plus les moms sont informées, plus on s’éloigne du concept de parentalité qui se résume en 3 mots : chaleur, cohérence, prévisibilité. On s’éloigne de comprendre à quel point le sommeil est un besoin fondamental important et que, peu importe la façon d’y parvenir, si ça fonctionne, c’est l’important (faut aussi que ça reste sécuritaire, bien entendu là). On s’éloigne aussi du women empowering women parce qu’entre femmes, sur les réseaux c’est aussi la guerre de qui dit mieux, plus vrai, qui cite le plus d’études… On oublie l’essentiel : outiller et supporter les moms qui en font la demande.

Depuis 2012, Bedaine Urbaine fait de son mieux pour communiquer des informations à jour, divertir, relativiser, dédramatiser, donner du contenu, rester accessible.

Des fois, j’ai l’goût d’abandonner… Pas abandonner mon travail, mais bien fermer les yeux sur les publications qui me sont envoyées et qui angoissent certaines d’entre vous.

Bah je continue pour toi qui aime ce que je fais et qui dors mieux grâce aux siestes poutine et la magie pas vraiment magique du plan A – plan B. Mais je continue surtout pour Marie-Pier, 24 ans, nouvellement maman, qui n’a pas 900$ à investir pour recevoir de l’aide, qui n’a pas le temps de lire sur le cycle du sommeil, qui est trop fatiguée, mais qui veut bien faire. Je continue pour toutes celles qui veulent comprendre la game sans faire un doctorat sur le sujet. Si tu peux gérer une famille sans être psychoéducatrice, tu peux aider ton enfant à mieux dormir sans avoir un cours en sommeil.

Je continue parce que je sais qu’être maman en 2023, c’est compliqué. Pour pleins de bonnes raisons.

Mais je vais m’assurer que ce ne soit pas la faute d’un manque de sommeil…

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